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Crise vénézuélienne : pour Trump, l'America First passe après tout le reste

  • 5 janv.
  • 3 min de lecture

En intercédant comme il l'a fait au Venezuela, Donald Trump prouve une nouvelle fois que les Etats-Unis d'Amérique n'ont aucune volonté de tourner la page de l'interventionnisme américain. Une position qui fait grincer des dents jusque dans les rangs républicains, si fanatiquement acquis à la cause de l'America First.


Rappel des faits. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le Venezuela de Nicolas Maduro est la cible répétée d'accusations de participation au trafic de drogue en Amérique. En cinq mois, l'administration Trump a revendiqué la destruction d'une cinquantaine de navires sous pavillon vénézuélien, tous soupçonnés de transporter de la drogue jusqu'aux côtes nord-américaines. Ces attaques ciblées, appuyées par plusieurs autres nations caribéennes, dont la République dominicaine, ont causé la mort de onze personnes, qualifiées de « narcoterroristes » par les Etats-Unis d'Amérique. L'apogée de ces tensions entre Washington et Caracas s'est déroulée dans la nuit du 2 au 3 janvier, lorsque l'armée américaine a procédé à une série de frappes sur des installations civiles et militaires dans le nord du Venezuela. Outre ces bombardements, Washington a ensuite annoncé la capture puis l'extradition du président Nicolas Maduro vers les Etats-Unis. La vidéo du chef d'Etat sud-américain, que l'on aperçoit menotté et avançant dans les couloirs de la Drug Enforcement Administration (organisme spécialisé dans la lutte contre les trafics de drogue) a fait le tour du monde. Le successeur d'Hugo Chavez doit comparaître dès aujourd'hui devant un tribunal new-yorkais.



Donald Trump et Nicolas Maduro, président du Venezuela.
Donald Trump et Nicolas Maduro, président du Venezuela.

Cette quarante-deuxième intervention militaire étasunienne sur le continent américain, principe théorisé par le président James Monroe il y a plus de deux cent ans, est en réalité motivée par le contrôle des réserves de pétrole dont dispose le Venezuela, soit les plus importantes du monde : « Nos grandes compagnies pétrolières américaines vont se rendre sur place et réparer les infrastructures gravement endommagées et commencer à générer des revenus pour le pays.» (D. Trump lors de sa conférence de presse du 3 janvier dernier). Si les représentants du parti démocrate ont unanimement condamné l'action américaine chez son voisin du sud, craignant un enlisement du conflit et la mise sous tutelle du Congrès (qui n'a été, ni averti, ni consulté au préalable), les réactions sont plus nuancées chez leurs opposants républicains. Pour preuve les déclarations de l'ancienne égérie MAGA (Make America Great Again) la représentante Marjorie Taylor Greene qui a critiqué les agissements de l'administration Trump : « La capture et l'enlèvement de Nicolas Maduro n'ont rien à voir avec l'America First ». A croire que l'Amérique dont parle (et rêve ?) Donald Trump s'étend désormais du Groenland aux confins de l'Ushuaia, et non plus des Grands Lacs au Rio Grande.


Alors que plusieurs pays d'Amérique latine dont le Brésil et la Colombie, ainsi que l'Espagne, la Chine et la Russie ont vivement condamné l'attaque américaine, les dirigeants occidentaux (européens, pour ne pas les citer) se sont montrés bien plus timorés dans leurs réactions. Emmanuel Macron s'est contenté de saluer la fin de la « dictature Maduro [...] qui a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple », avant que son ministre des Affaires Etrangères, Jean-Noël Barrot, n'ajoute que « l'opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolas Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international ». Il n'en fallait pas moins pour provoquer l'ire d'une partie de la classe politique française, qui a fustigé l'« irresponsabilité » de l'Elysée et du Quai d'Orsay ainsi que la « soumission » aux Etats-Unis. En ne dénonçant qu'à demi-mot cette opération militaire menée sans mandat des Nations Unies, ayant pour finalité l'enlèvement d'un chef d'Etat étranger et violant par la même occasion l'intégrité territoriale d'un pays souverain et indépendant, nos représentants mettent à mal le modèle diplomatique français, traditionnellement multilatéral et hermétique aux influences des puissances. L'impérialisme étatsunien repointe le bout de son nez, et traîne avec lui le risque d'une déstabilisation de tout le sous-continent sud-américain. Or noir, quand tu nous tiens.



Antoine Varoqui















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